La chimie de l'amour
La chimie de l'amour (par Julie Meert)
Les origines chimiques du sentiment amoureux intéressent de plus en plus les scientifiques. Et si l’amour n’était qu’une question d’atomes –« crochus »…
Les molécules de l’amour
Des papillons dans le ventre ? Le cœur qui bat la chamade ? Peut-être Cupidon n’a-t-il rien à voir là-dedans! C’est en tous cas ce que pensent de nombreux chercheurs qui n’y voient qu’une réaction chimique. A l’heure de célébrer les tourtereaux, faisons le point sur les sentiments –ou les molécules- qui les animent. Parlez-moi d’amour… Et de chimie ! Car si l’on évoque le sentiment amoureux, les hormones ne sont jamais bien loin. Ocytocyne, lulibérine, endorphine, c’est le branle-bas de combat dans notre organisme. Alors, l’amour, chimie ou alchimie ? Que les fleurs bleues se rassurent, le débat reste ouvert.
Une affaire de phéromones ?
Sans doute, selon Lucy Vincent. Cette neurobiologiste et ancienne chercheuse au CNRS soutient que l’homme et la femme se choisiraient en fonction des odeurs et phéromones qu’ils dégagent (transpiration, urine). Objectif : détecter chez l’autre un patrimoine génétique assez différent du sien pour assurer à sa descendance un plus large éventail d’anticorps et donc, une meilleure santé. Reste encore à identifier clairement ces éventuelles phéromones chez l’Homme et, surtout, leur réelle influence sur le comportement.
L’amour en vaporisateur ?
En effet, au grand dam des parfumeurs qui pensaient avoir trouvé le philtre de séduction universelle, les scientifiques n’ont pas encore réussi à démontrer un quelconque impact des phéromones sur nos ébats sexuels. Certes le musc ou l’ylang-ylang peuvent avoir des vertus stimulantes, explique la sexologue Julie Pollet, mais c’est aussi lié au vécu, aux souvenirs des individus. En attendant des résultats plus probants, évitez les produits miracles qui foisonnent sur le net et misez plutôt sur vos charmes naturels ! Quand il s’agit de conter fleurette, humour, sourire et fantaisie sont de bien meilleurs atouts.
Accro à l’amour?
Quand vous êtes follement amoureux, votre organisme fonctionne tel une usine à produits chimiques. Dopamine, sérotonine et endorphine coulent à flots, d’où l’euphorie et la joyeuse insouciance des premiers mois. L’action de ce cocktail d’hormones est comparable à celle de l’héroïne ou de l’opium, explique Michel Reynaud, psychiatre et spécialiste d’addictologie, on « plane » et l’on cherche toujours à revivre ces sensations agréables. Si l’être cher n’est pas là, c’est le manque.
La passion n’a qu’un temps ?
D’après Lucy Vincent, c’est génétique. L’être humain est « programmé » pour aimer son partenaire trois ans, le temps de concevoir et d’élever un enfant pour qu’il « tienne debout ». La neurobiologiste précise que, pendant cette période, notre cerveau, « dopé » aux hormones, occulte les aspects négatifs de l’autre. On ne voit plus les chaussettes sales qui trainent, la vaisselle en plan, les petits défauts en tous genres. Ensuite, le cerveau reprend son activité normale, et la vaisselle réapparaît. Et avec elle, les imperfections que l’amoureux avait soigneusement gommées. Dépassé le temps des « happy end » ? Pas forcément ! Si la passion est bel et bien éphémère, l’amour, lui, peut perdurer! Après les émois des trois premières années, les sentiments prennent simplement d’autres chemins. L’histoire d’amour se construit, se réfléchit davantage. Et là encore, les hormones auraient leur rôle à jouer. L’ocytocine, en particulier. Pour le Professeur Kerstin Uvnäs Moberg, chercheuse en pharmacologie et physiologie à Stockholm, cette hormone déterminerait notre capacité à nous attacher, à aimer et à nous relaxer. Le contact et les caresses seraient d’excellents stimulants. Il faut ensuite faire de la confiance et de la maturité du couple un atout, ajoute Julie Pollet, s’accorder du temps et mettre de l’exceptionnel dans le quotidien, même par petites touches. « Sexy » les molécules… Rayon « sport en chambre », la testostérone tient le haut du pavé. Présente chez l’homme comme chez la femme, c’est l’hormone spécifique du désir, explique le Docteur Esther Hirch, sexologue, consultante au CHU Brugmann et à l’Hôpital Erasme. Son taux est plus élevé chez les hommes. Les femmes, elles, présentent un taux plus élevé de prolactine, une hormone « anti-désir ». Mais ces taux hormonaux ne suffisent pas à expliquer l’activité sexuelle, rappelle le Dr Hirch. La « mémoire désirante », par exemple, -expériences antérieures, fantasmes- est tout aussi importante. D’ailleurs, poursuit-elle, « plus on fait l’amour, mieux on le fait, plus on en a envie ». CQFD.
Alors, l’amour, une question de molécules et de formules chimiques?
En partie, certainement ! Mais, que les romantiques se rassurent, le sentiment amoureux demeure un formidable mystère. Ne dit-on pas que le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas !
Sources :
-Le journal du CNRS, n°169, Amour et Sciences, février 2004.
-Interview de Lucy Vincent par Nolwenn Le Blevennec, chimiste de l’amour, JDD, 13 février 2010.
-Interview du Docteur Esther Hirch, Sexologue, médecin consultante au CHU Brugmann et à l’Hôpital Erasme
- Interview de Julie Pollet, sexologue, www.juliepollet.be.
-IBBTEV, Institut Belge de Biologie Totale des Etres vivants, www.ibbtev.be -The Chemistry of Love, Time, 10 février 2002.

